Le Monde
Des salaires transparents pour l’égalité des genres
Alors que la France – comme la quasi-totalité des pays européens – n’a pas transposé à temps la directive européenne sur la transparence des salaires (elle avait jusqu’au 7 juin), les attentes des salariés sont fortes sur le sujet. Ainsi, 80 % des cadres et 85 % des professions intermédiaires estiment qu’il faut sanctionner plus sévèrement les entreprises et administrations refusant d’appliquer les obligations en matière d’égalité et de transparence salariale, conclut une étude ViaVoice/Secafi pour l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (Ugict) de la CGT, à paraître début juillet.
Lors d’une journée d’études organisée le 25 juin à Paris par l’Ugict-CGT, des représentants syndicaux, d’entreprises et des chercheurs ont exploré le thème des inégalités entre les femmes et les hommes, et ce que la directive pourrait changer. Le texte européen, qui prévoit la possibilité pour un salarié de comparer sa rémunération globale (primes incluses) à celle des collègues effectuant un « travail de valeur égale », a pour vocation première de réduire les inégalités de genre.
En France, parmi les salariés du privé, les femmes gagnaient toujours 21,8 % de moins que les hommes en 2024, selon l’Insee, et 3,6 % à poste égal dans le même établissement. Rachel Silvera, économiste à l’université Paris-Nanterre, a rappelé la métaphore de la « maison de verre » : « Il y a un double plafond, le plafond de verre – plus on monte dans une organisation, moins il y a de femmes – et le plafond de mère – au fur et à mesure de la carrière, les femmes sont pénalisées pour leurs maternités, ou même car elles sont soupçonnées de devenir mère. Il y a les parois de verre, car elles sont cantonnées à des secteurs où les emplois paient le moins. Et un plancher collant, puisqu’elles restent scotchées dans les emplois précaires. » La directive européenne vise à éviter les inégalités injustifiées, en forçant les entreprises à expliquer toute différence de salaire avec des critères concrets. « Dans tous nos baromètres, la principale injustice perçue par l’ensemble des salariés reste les inégalités salariales femmes-hommes », affirme Emmanuelle Lavignac, membre du bureau de l’Ugict. A éviter, par exemple, la situation qu’ont vécue pendant plusieurs décennies 600 salariées de Safran Helicopter Engines : « Si les hommes se voyaient appliquer le bon coefficient dans la grille de la métallurgie correspondant à un bac + 2, les femmes avaient près de 500 euros de moins dès le départ, un écart qui s’est accru au fil de leur carrière », a rappelé sur scène Anne-Marie Mendiboure, avocate de la CFE-CGC et de la CGT dans une action de groupe en cours contre la société.
Aujourd’hui, apprend-on dans le baromètre de l’Ugict-CGT, plus de deux professions intermédiaires sur trois (71 %) déclarent ne disposer d’aucun outil sur leur lieu de travail pour savoir si leur salaire est du même niveau que celui de leurs collègues exerçant un poste similaire ou équivalent. Plus d’un cadre sur deux juge que les critères de rémunération ne sont pas transparents dans son entreprise. Il y a urgence à s’outiller, et, pour les entreprises, à revoir et clarifier leurs grilles de rémunération.
chronique par Jules Thomas
