Samedi 23 novembre dernier, nous avons vécu la plus grande journée de mobilisation féministe en France. Refusant de débloquer les moyens humains et financiers nécessaires et de mettre en place de vraies mesures de protection au travail, le gouvernement s’est contenté d’annonces gadgets. La mobilisation doit donc continuer pour gagner la fin des violences sexistes et sexuelles. La journée de grève massive du 5 décembre contre la réforme des retraites est également un temps fort de ce combat. Quel rapport? L’indépendance économique !

Quand près de 40 % de femmes touchent une pension nette de moins de 900 €, comment échapper aux phénomènes d’emprise et quitter un conjoint violent ? Cette situation est encore aggravée avec la réforme des retraites.

 

Les inégalités en chiffres

• la pension de droit direct des femmes est inférieure de 42% à celle des hommes et de 26% avec les droits familiaux et les pensions de réversion ;

• les femmes partent en retraite en moyenne un an plus tard que les hommes ;

• Une femme sur 5 attend 67 ans, l’âge d’annulation de la décote (contre un homme sur 12) ;

• 12,1 % des femmes subissent la décote, du fait de carrières plus courtes (8,8 % pour les hommes) ;

• 37 % des femmes retraitées et 15 % des hommes touchent moins de 900 € nets de pension. Cette situation continue à se dégrader du fait des réformes passées.

 

LE PROJET MACRON : UN RECUL POUR LA RETRAITE DES FEMMES

La réforme des retraites fera baisser les pensions de toutes et tous, mais elle sera particulièrement défavorable aux femmes.

1. Prise en compte de toute la carrière : les années de temps partiel et de précarité vont se payer cash
Le projet de réforme des retraites prévoit de prendre en compte l’ensemble de la carrière au lieu des 25 meilleures années dans le privé ou des 6 derniers mois dans le public. Avec ce système, les années de temps partiel ou d’interruption pour les charges familiales vont se payer cash!

2. Recul sur les droits familiaux et les pensions de réversion
Les droits familiaux et pensions de réversion permettent de réparer une partie des inégalités de carrière entre les femmes et les hommes. Le gouvernement veut les fragiliser:

• aujourd’hui, chaque enfant donne droit à la validation pour les retraites de 8 trimestres dans le privé et 4 dans le public. Pour chaque parent de plus de 3 enfants, le montant de la pension est majoré de 10 %. Ces majorations seraient supprimées et remplacées par une majoration de 5 % au premier enfant pour le père ou la mère. Un recul global et le risque que ce soit le meilleur salaire – en général le père – qui prenne la majoration !

• les pensions de réversion ne seront plus accessibles automatiquement en cas de divorce et pourront seulement être touchées une fois que le conjoint survivant sera à la retraite, alors qu’aujourd’hui elles sont ouvertes dès 55 ans dans le privé.

 

3- Reporter l’âge de départ en retraite : un recul pour les femmes
La réforme des retraites vise à mettre en place une règle d’or qui bloque les ressources à leur niveau actuel (14 % du PIB), alors que le nombre de retraité·e·s augmentera de 30 % d’ici à 2050. La conséquence: le montant des pensions sera revu à la baisse et il faudra travailler toujours plus longtemps pour avoir une bonne retraite. Du fait des charges familiales, les femmes ont des durées de carrière plus faibles que celles des hommes. Reporter l’âge de départ à la retraite défavorise donc particulièrement les femmes !

Dans une société féministe, nous pensons au contraire qu’il faut réduire le temps de travail pour permettre aux femmes comme aux hommes de prendre du temps pour s’occuper de leurs enfants et de leurs ainé·e·s ! C’est la raison pour laquelle la CGT défend la retraite à 60 ans avec 75 % du dernier salaire.

 

METTRE FIN AUX INÉGALITÉS FEMMES HOMMES: LA SOLUTION!

Réaliser enfin l’égalité salariale permettre non seulement de mettre fin à une injustice agrante mais aussi de dégager les ressources nécessaires pour financer notre système de retraites.

Augmenter les salaires des femmes, c’est augmenter les cotisations sociales et donc le financement des retraites !

La CGT propose :

• l’instauration d’une surcotisation patronale sur les emplois à temps partiel de moins de 28 heures ;

• l’instauration d’une surcotisation patronale retraite pour toutes les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale ;

• la revalorisation des métiers dans lesquels les femmes sont concentrées.

Montreuil, le 4 décembre 2019

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TRACT UNITAIRE – Retraite des femmes : En finir avec les inégalités !

Leur situation est bien connue, les femmes souffrent des inégalités de salaires, des faibles rémunérations des métiers à dominante féminine, des carrières plus courtes que celles des hommes du fait de carrières morcelées par le temps partiel, la précarité et les interruptions d’activité en raison de l’investissement parental et domestique.

On retrouve évidemment ces inégalités à la retraite :

  • La pension de droit direct des femmes est inférieure de 42 % à celle des hommes,
  •  Les femmes partent en retraite en moyenne un an plus tard que les hommes,
  • Une femme sur cinq attend 67 ans, l’âge d’annulation de la décote (un homme sur 12),
  • Elles subissent malgré tout plus souvent la décote, du fait de carrières plus courtes,
  • Leur pension, trop faible de ce fait, est plus souvent rehaussée par un minimum de pension,
  • 37 % des femmes retraitées et 15 % des hommes touchent moins de 1000 € de pension brute (909 € nets).

Cette situation continue à se dégrader du fait des réformes passées…

Il est urgent d’en finir avec ces inégalités et avec les faibles pensions.

Le projet Macron de retraite par points, contrairement aux déclarations du gouvernement, pénaliserait encore plus les femmes (ce qu’affirme aussi le récent rapport de l’Institut de la Protection Sociale !).

En effet, toute la carrière sera prise en compte pour le calcul de la pension, et non plus la meilleure partie. Les plus mauvaises années, temps partiel, congé parental, chômage, années de bas salaires et de précarité – seront alors intégrées.

Il y aurait donc une réduction des pensions pour de très nombreuses personnes.

De même pour les fonctionnaires dont la pension est basée sur les 6 derniers mois. Pour atténuer cela, le projet prévoit d’intégrer les primes dans le calcul de la pension… Mais dans de nombreux métiers, particulièrement ceux occupés par des femmes, il n’y a pas, ou peu, de primes, et lorsqu’il y en a, elles bénéficient plus aux hommes qu’aux femmes. C’est d’ailleurs parce qu’il y a plus de primes dans le privé que les inégalités de salaires femmes-hommes y sont plus importantes.

Des mesures sont nécessaires et possibles

Les droits familiaux liés aux enfants (majorations de durée d’assurance,…) doivent être maintenus pour atténuer les inégalités actuelles, mais ils ne doivent pas enfermer les femmes dans le rôle de mère. La bonne solution pour en finir avec les inégalités de pension n’est pas de renforcer ces droits complémentaires, mais de renforcer les droits directs des femmes à une pension. Ce qui signifie :

  •   Augmenter le minimum de pension (carrière complète) au SMIC net,
  •   Mettre fin à l’allongement de la durée de cotisation, de plus en plus inaccessible, particulièrement pour les femmes, revenir à une durée réalisable :le progrès est de réduire son temps de travail,
  •   Supprimer la décote, qui est une double pénalisation de la pension,
  •   Garantir une pension de 75 % par rapport au salaire,
  •   Un calcul de la pension basé sur les 10 meilleures années (carrière complète).En amont de la retraite, il est urgent de mener une politique volontariste :
  •   En faveur de l’égalité des salaires et des emplois des femmes et des hommes, et de l’égalité des taux d’activité : celui des femmes est actuellement de 10 points inférieur à celui des hommes. Les ressources en cotisations des régimes de retraite en seraient fortement améliorées.
  •   Pour l’instauration d’une surcotisation patronale sur les temps partiel subis,
  •   Pour la création de places de crèches, d’un service public de la petite enfance
  •   Pour un congé parental plus partagé et véritablement rémunéré, et une lutte à tous les niveaux contre les stéréotypes sexués.

    L’égalité entre les femmes et les hommes est un objectif de société qui permettra, en outre, d’améliorer sensiblement le financement des retraites.

04/12/2019

La CGT, Solidaires, FSU, Osez le Féminisme, Femmes solidaires, Collectif National pour les DROITS des femmes, Attac, Collectif et Réseau Féministe « Ruptures », Fondation Copernic, Femmes Egalité

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TRIBUNE « La réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes »

Un collectif de seize femmes – syndicalistes, féministes et économistes – dénonce l’aggravation des inégalités de pensions entre hommes et femmes qu’engendrerait un système de retraite par points.

L’activité professionnelle croissante des femmes depuis les années 1960 a fortement contribué à leur autonomisation comme au financement des retraites. Mais l’écart de pensions entre les femmes et les hommes reste très important, il amplifie les inégalités de salaires. Tous régimes confondus, il est de 42 % pour les pensions de droit direct, contre 24 % pour les salaires. Les femmes sont contraintes de partir en moyenne plus tard à la retraite que les hommes, elles subissent plus souvent la décote du fait de carrières trop courtes. Leur pension, trop faible, est plus souvent rehaussée par un dispositif de minimum de pension.
La situation continue de se dégrader sous l’effet des réformes passées (allongement de la durée de cotisation, réduction des droits familiaux, etc.). Il est donc urgent d’en finir avec ces inégalités. Nul besoin d’adopter le projet Delevoye de retraite par points à la place du système par annuités. Bien au contraire ! Car en dépit de la communication du gouvernement qui prétend que le nouveau système serait avantageux pour les femmes, la réalité est tout autre.

Les femmes sont les bénéficiaires majoritaires des dispositifs de solidarité ; or ceux-ci deviennent bien moins importants dans les régimes par points
Dans un régime par points, en effet, la pension doit refléter au plus près la somme des cotisations versées au long de la vie active. C’est une logique d’individualisation. En prenant en compte toute la carrière au lieu des vingt-cinq meilleures années pour le régime général ou des six derniers mois pour la fonction publique, un tel régime ne peut que faire baisser le niveau des pensions pour de nombreux et nombreuses fonctionnaires, et pour toutes les personnes aux carrières heurtées, d’abord des femmes. Il intègre en effet les plus mauvaises années dans le calcul de la pension, alors qu’elles en sont actuellement exclues. Chaque période non travaillée, à temps partiel, en congé parental, au chômage, ou mal rémunérée, fournit peu ou pas de points : autant de manque à gagner pour la pension.

Les femmes sont les bénéficiaires majoritaires des dispositifs de solidarité ; or ceux-ci deviennent bien moins importants dans les régimes par points. Les inégalités de pension entre les sexes y sont donc très supérieures. L’exemple des régimes par points Agirc et Arrco est significatif : l’écart de pension entre femmes et hommes y est respectivement de 59 % et 39 %, alors qu’il est de 24 % au régime général par annuités !

Forte régression des pensions de réversion
Concernant les droits familiaux, ce que propose le rapport Delevoye est, en tout et pour tout, une majoration de pension de 5 % par enfant, attribuée au choix du couple à l’un ou l’autre, ou par moitié à chaque parent. Cette proposition remplacerait à la fois l’actuelle majoration de 10 % pour trois enfants attribuée à chacun des parents, et les majorations de durée d’assurance attribuées aux mères pour chaque enfant, qui sont, elles, supprimées !
On peine à croire que ce système serait plus avantageux pour les femmes. On peut au contraire craindre que les couples préfèrent attribuer la majoration aux pères du fait de leur pension plus forte. Que se passera-t-il pour les femmes en cas de séparation du couple ?
Enfin, le projet Delevoye prévoit une forte régression des pensions de réversion. L’âge d’ouverture du droit passerait à 62 ans (55 ans aujourd’hui au régime général et aucun seuil d’âge pour la fonction publique). Ce droit serait aussi supprimé pour les personnes divorcées ou remariées. Avec le nouveau calcul, de nombreuses personnes aux pensions pourtant modestes percevraient, lors du décès de leur conjoint, une pension de réversion bien plus faible qu’aujourd’hui. Or la réversion représente aujourd’hui en moyenne le quart de la pension des femmes (et une part négligeable de celle des hommes) ; 90 % de ses bénéficiaires sont des femmes.

Ce projet ne ferait donc que pénaliser encore les femmes. Il est inacceptable. Néanmoins, le système actuel doit être amélioré. Citons quelques mesures qui profiteraient à une majorité et plus encore aux femmes. Tout d’abord, le minimum de pension doit être augmenté. Certes, le projet prévoit qu’il serait porté à 85 % du smic net, soit 1 000 euros par mois pour une carrière complète. Mais c’était déjà un objectif inscrit dans la loi de 2003, qui devrait être une réalité depuis 2008 ! Pas besoin de changer de système de retraite pour respecter cet engagement.

Double pénalisation
Il faut mettre fin à l’allongement continu de la durée requise de cotisation et revenir à une durée réalisable par tous et toutes compte tenu de la situation de l’emploi et de la pénibilité des métiers. Notre conception de l’égalité et du progrès n’est pas d’aligner la durée d’activité des femmes sur celle des hommes, mais de permettre aux femmes comme aux hommes de réduire leur durée de travail sans pénalisation financière. La décote pour carrière incomplète constitue une double pénalisation – ce que reconnaît le rapport Delevoye – puisque la pension est de toute façon calculée au prorata de la carrière réalisée. Elle doit être supprimée. Il faut aussi revenir à un calcul de la pension basé sur les dix meilleures années.
Les majorations pour enfants restent indispensables pour atténuer les inégalités, mais elles ne doivent pas pérenniser l’assignation des femmes aux tâches parentales. L’évolution du système de retraites est inséparable de l’objectif d’égalité de genre.
En amont et en lien avec la retraite, il est donc urgent de mener une politique volontariste en faveur de l’égalité salariale et professionnelle des femmes et des hommes, ce qui vise aussi l’égalité des taux d’activité : celui des femmes est actuellement de huit points inférieur. Les ressources des régimes en seraient fortement améliorées, tout comme les droits directs à pension des femmes. Eliminer les obstacles à leur emploi suppose une politique publique de création de places de crèche, le partage à égalité du congé parental, une lutte à tous les niveaux contre les discriminations et les stéréotypes sexués.

Enfin, à partir du moment où la proportion de retraités augmente dans la population, il est normal que la part des dépenses de retraite dans la richesse produite augmente, contrairement à ce qui est projeté. La retraite est un choix de société. Le fait d’aborder cette question à partir de la situation des femmes permet de dégager des solutions de progrès pour toutes et tous.

Agathe, collectif Nos retraites ; Ana Azaria, présidente de Femme égalité ; Sophie Binet, pilote du collectif femmes Mixité de la CGT ; Claire Charlès, secrétaire générale les Effrontées ; Ismahane Chouder, Collectif des féministes pour l’égalité ; Sigrid Gérardin, secrétaire nationale FSU ; Cécile Gondard Lalanne, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires ; Bernadette Groison, secrétaire générale FSU ; Murielle Guilbert, secrétaire nationale de l’Union syndicale Solidaires ; Sabina Issehnane, pour les Economistes atterrés ; Christiane Marty, pour la Fondation Copernic ; Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme !; Suzy Rojtman, porte parole du CNDF ; Sabine Salmon, présidente nationale de Femmes solidaires ; Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac ; Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT.

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